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Concord lève 3 millions de dollars pour construire l'infrastructure agentique de l'achat média digital
Après avoir transformé la création de contenus, le ciblage ou encore l'analyse de données, l'intelligence artificielle s'attaque désormais à l'un des derniers bastions du travail manuel dans la publicité digitale : l'exécution des campagnes.
C'est sur ce terrain que se positionne Concord, jeune pousse française qui annonce une levée de fonds de 3 millions de dollars auprès de Drysdale, Motier Ventures, Better Angle, A16Z Scout ainsi que plusieurs figures de l'adtech parmi lesquelles Philippe Corrot (Mirakl), Rémi Lemonnier (Scibids), Arthur Querou (Vibe.co), Thomas Zaepffel (Adot) ou encore Christophe Pottier.
Lancé par Nicolas Cosson, Antoine Chwalek et Nathan Venezia, ancien fondateur de Manadge, qu'il a revendu à iHear Media, Concord développe une infrastructure agentique dédiée à l'achat média.
L'ambition est simple sur le papier : permettre à des agents IA de prendre en charge une grande partie des tâches opérationnelles aujourd'hui réalisées par les traders et spécialistes des plateformes publicitaires. Une promesse, facturée moyennant quelques pourcents du budget média, qui intervient à un moment charnière pour l'industrie.
Depuis quinze ans, les plateformes publicitaires n'ont cessé d'automatiser l'optimisation des campagnes. Google, Meta, Amazon ou TikTok prennent désormais en charge une part croissante des décisions liées aux enchères, au ciblage ou à la diffusion.
Pourtant, malgré cette automatisation croissante, les équipes opérationnelles continuent de consacrer une partie importante de leur temps à des tâches répétitives : création de campagnes, paramétrage des audiences, gestion des nomenclatures, vérification des budgets, reporting ou encore optimisation quotidienne.
Le paradoxe est frappant. Alors que les algorithmes prennent déjà les décisions d'achat, l'orchestration entre les différentes plateformes repose encore largement sur des opérations humaines. C'est précisément cette couche d'exécution que Concord cherche à automatiser.
La société se connecte aux principales plateformes du marché - DV360, Meta, Amazon Ads, TikTok, Google Ads et bientôt Snapchat - afin de permettre à un utilisateur de passer d'un brief à une campagne activée via une interface conversationnelle.
À première vue, l'argument commercial ressemble à une promesse classique de productivité. Concord, qui travaille déjà avec des annonceurs comme les Galeries Lafayette, des holdcos et des agences indépendantes telles que Haiku et Goodbuy Media, affirme que ses utilisateurs économisent jusqu'à 70% du temps consacré à l'exécution des campagnes. Mais les discussions menées avec plusieurs groupes d'agences, holdcos et indépendantes, montrent que l'enjeu va bien au-delà.
Depuis plusieurs années, les grandes agences médias cherchent à absorber la croissance des investissements digitaux sans augmenter leurs effectifs au même rythme. Pour y parvenir, elles ont massivement recours à l'offshoring, en s'appuyant sur des centres de services localisés notamment en Inde, aux Philippines, au Maroc ou encore au Portugal.
Cette approche permet de réduire les coûts, mais elle atteint progressivement ses limites. Les délais de mise en ligne s'allongent, les processus se standardisent et la complexité croissante des plateformes nécessite toujours davantage de coordination. "Vous économisez de l'argent mais vous ne gagnez pas en flexibilité", résume Nathan Venezia.
Dans ce contexte, Concord apparaît pour certaines agences comme une alternative technologique à l'offshoring. L'objectif n'est plus seulement de réduire les coûts d'exécution, mais d'augmenter la capacité opérationnelle des équipes.
Selon Nathan Venezia, un trader capable de gérer 3 millions d'euros de budget média pourrait, avec ce type d'outil, superviser 5 à 6 millions d'euros tout en consacrant davantage de temps à la stratégie ou à la relation client.
L'autre intérêt de ces approches agentiques réside dans leur capacité à appliquer le même niveau de granularité à l'ensemble des campagnes. Dans la pratique, les agences concentrent souvent leurs ressources sur les budgets les plus importants. Les campagnes locales ou les dispositifs de faible montant reçoivent mécaniquement moins d'attention, faute de temps.
L'automatisation change cette équation économique. "Une campagne à 1 000 euros et une campagne à 1 million d'euros peuvent bénéficier du même niveau de paramétrage, de contrôle et d'optimisation sans générer de charge opérationnelle supplémentaire", illustre Nathan Venezia.
Une campagne à 1 000 euros et une campagne à 1 million d'euros peuvent bénéficier du même niveau de paramétrage, de contrôle et d'optimisation sans générer de charge opérationnelle supplémentaire.
C'est probablement là que réside l'un des potentiels les plus intéressants de ces nouvelles générations d'outils : non pas seulement faire plus vite, mais rendre rentable un niveau de sophistication auparavant réservé aux plus gros acheteurs médias. De quoi donner des idées aux agences médias qui, selon Nathan Venezia, profitent de la collaboration avec Concord, pour "soit faire plus avec autant de ressources humaines, soit faire autant, avec moins de ressources humaines".
Pas question, pour autant, de laisser un LLM piloter seul les campagnes publicitaires, nous explique Nathan Venezia. "Nous avons rapidement constaté les limites des modèles génératifs lorsqu'il s'agit d'analyser de grands volumes de données ou de prendre des décisions critiques."
Sa réponse consiste à combiner agents conversationnels, algorithmes propriétaires et règles déterministes. Les modèles d'IA jouent principalement le rôle d'orchestrateurs et d'interfaces utilisateur, tandis que les calculs, les analyses et les mécanismes de contrôle restent gérés par des couches logicielles plus traditionnelles.
La levée de fonds intervient alors que l'ensemble des plateformes publicitaires commencent elles aussi à déployer leurs propres infrastructures agentiques, notamment via les protocoles MCP et les interfaces conversationnelles. Concord ambitionne ainsi de se brancher à The Trade Desk, LinkedIn et Pinterest d'ici la fin de l'année, pour être encore plus exhaustif.
La plateforme veut également se lancer très rapidement à l'international. "Nous réfléchissons à la meilleure manière d'attaquer les marchés US et anglais", partage Nathan Venezia.