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L'AI Slop, pourquoi (et comment) les marques doivent s’en prémunir

Le paysage de la publicité digitale fait face à une mutation sans précédent. Alors que l'on estime désormais que 90% du contenu web pourrait être généré par l'IA d'ici la fin de l'année 2026, une nouvelle menace émerge : l'AI Slop.

Ce contenu synthétique de basse qualité, produit à la chaîne, ne se contente plus de polluer les fils d'actualité, il sature les inventaires publicitaires, forçant les marques à une vigilance accrue pour protéger leur image et leur ROI.

Qu'est-ce que l'AI Slop ?

Contrairement au contenu généré par IA de haute qualité utilisé par des éditeurs respectés pour assister la création, l'AI Slop se définit par sa médiocrité structurelle. Ce sont des articles, images ou vidéos produits sans supervision humaine, souvent répétitifs, manquant de profondeur et parfois même carrément porteurs de désinformation.

Sur le plan technique, IAS identifie plusieurs signaux caractéristiques de cette "bouillie numérique" :

  • Une structure robotique et monotone : Les textes présentent une organisation trop rigide, sans les digressions naturelles ou les nuances qui caractérisent la réflexion humaine.

  • Une neutralité artificielle : Un ton neutre et encyclopédique est appliqué systématiquement, même sur des sujets qui appellent normalement une prise de position ou un avis subjectif.

  • L'absence de signaux de spontanéité : On note une absence totale d'emoticônes ou de tournures idiomatiques, même dans des contextes informels où ils seraient attendus.

  • Une syntaxe purement déclarative : La majorité des phrases se contentent d'énoncer des faits simplistes sans aucun fond ni substance analytique.

Jusque-là, rien de problématique me direz-vous. Pas le genre de textes qui gagnera le Pulitzer ou le Goncourt, mais non plus celui qui vous attirera des problèmes à vous, en tant que marque.

Sauf que… Cette production automatisée alimente massivement les écosystèmes parasites. Nos données montrent une corrélation sans appel : 50% des sites MFA (Made For Advertising) et 55% des sites d'encombrement publicitaire (ad clutter) sont aujourd'hui générés par l'IA. À l'inverse, 85% des sites dits "de qualité" restent le fruit d'une création humaine.

Pourquoi les marques doivent s'en prémunir

Pour un annonceur, apparaître à côté de contenus de type “AI Slop” n'est pas qu’une question d'esthétique, c'est un risque à plusieurs niveaux.

Brand safety et réputation : Le Slop peut véhiculer des informations erronées ou offensantes, entraînant une perte immédiate de confiance du consommateur.

Risques juridiques : Ces contenus exploitent souvent des sources plagiées ou sous copyright sans autorisation.

Trafic agentique : Une part croissante de la consommation de ces contenus est le fait de bots ("AI agents"), et non d'humains, ce qui fausse totalement les performances des campagnes.

Le trafic généré par l'IA (scrapers, agents autonomes effectuant des tâches pour les utilisateurs) a explosé. Pour les annonceurs, ce phénomène pose un problème majeur : servir des publicités à des bots "utiles" reste une perte d'argent, car un robot n'achètera jamais de produit. 

Sans compter que ces bots ont aussi un rôle plus insidieux, puisque certains d’entre eux scrappent le Web pour “voler” le contenu d’éditeurs premiums et le répliquer au sein de sites de faible qualité, montés de toutes pièces. À ce jour, plus de 58 agents conversationnels et robots de scan ont été répertoriés par IAS pour être systématiquement filtrés des bilans de campagne.

Autant de facteurs qui font que l'AI Slop ne génère aucun engagement réel. C'est un gaspillage pur et simple du budget média sur des inventaires sans valeur.

Comment filtrer le "bruit" synthétique ?

Comme toujours, la solution ne réside pas dans le bannissement pur et simple des contextes au sein desquels l'IA a joué un rôle mais dans la distinction granulaire. 

La bonne nouvelle, c’est qu’une majorité d’annonceurs semble en avoir conscience. Selon une étude de septembre 2025, si 78% des annonceurs veulent savoir si leurs publicités sont associées à du contenu IA, seuls 31% souhaitent éviter tout contenu généré par l'IA. La majorité cible spécifiquement la basse qualité.

C’est pour accompagner ces éditeurs que nous avons décidé de lancer une solution de filtrage permettant de référencer les pages identifiées comme générées par l’IA avec, pour chacune, des indicateurs de qualité critique :

  • Le taux de trafic invalide (IVT).

  • La visibilité (Viewability) et les résultats réels de performance.

  • L'identification des AI Agents, désormais classés comme des types de bots spécifiques (GIVT/SIVT) dans les rapports pour une transparence totale.

Vers une hygiène numérique renforcée

Dès le premier trimestre 2026, les marques pourront utiliser des segments de contrôle contextuel pour bloquer soit l'ensemble des contenus écrits par de l’IA, soit uniquement ceux qui relèvent de l'AI Slop. Cette protection s’appliquera, dans un premier temps, pour les contenus anglophones.

Au deuxième trimestre, elle s’étendra à toutes les langues, aux visuels générés par l’IA (qui sont souvent utilisés pour créer de fausses publicités ou illustrer des articles de faible qualité) et aux plateformes sociales (notamment Meta, TikTok et X) qui sont autant que l’Open Web, si ce n’est plus gangrenées par ce problème.

Directeur Général France d’Integral Ad Science (IAS), Clément Bascoulergue est un expert reconnu de la qualité média digitale. Expert des enjeux de visibilité, de brand safety et d'attention publicitaire, il accompagne les marques dans l'optimisation de leurs performances au sein d'un écosystème complexe, alliant innovation technologique et transparence.