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Rachid Ait Addi (Meikai) : "Le vrai défi du GEO n'est pas de mesurer la part de voix mais de savoir quels prompts suivre"
Alors que les outils de mesure GEO se multiplient, Meikai estime que le principal enjeu n'est plus le suivi des citations ou des parts de voix, mais la construction d'un corpus de prompts réellement représentatif des usages. Ses fondateurs expliquent pourquoi ils misent sur une approche fondée sur les données de panel, l'automatisation par agents et l'intégration de la publicité conversationnelle au sein d'une même plateforme.

Open Garden. Vous venez de lancer Meikai, une plateforme qui accompagne les marques et les médias dans la mesure de leur visibilité dans les asssitants conversationnels, ce qu’on appelle, dans le jargon, le GEO. Pourquoi ?
Rachid Ait Addi. Parce qu’un peu comme tous ceux qui ont commencé à utiliser ChatGPT et Gemini dans leur quotidien, j’ai rapidement eu la conviction que les IA conversationnelles allaient devenir une transformation majeure pour les marques. Et que mon expérience d’alors, chez Teads, au contact de nombreuses marques globales comme Chanel, LVMH, Adidas, Nike ou Zalando, m’a permis de réaliser que la plupart d’entre elles identifiaient le sujet mais n'avaient encore rien mis en place.
Il faut savoir qu’à l’époque, les premières technologies spécialisées sur le sujet, comme Profound, s’attaquaient d’abord au segment BtoB. Les marques BtoC, du luxe à la grande conso, n’avaient pas vraiment de solution dédiée. Certaines avaient lancé des pilotes sans obtenir de résultats exploitables.
Comment expliquez-vous cette orientation BtoB à l’époque ?
Rachid Ait Addi. Parce que ces entreprises sont souvent plus agiles, plus propices à tester de nouvelles choses. Mais aussi parce qu’elles ont été parmi les premières à constater une baisse de leur trafic organique liée à l'usage des LLM.
Elles ont donc été les premières à investir sur ces sujets. Mais nous étions convaincus que le phénomène allait rapidement toucher les marques BtoC.
Où en êtes-vous aujourd'hui ?
Rachid Ait Addi. Nous travaillons notamment avec Chanel en France, au Royaume-Uni et en Italie, Pernod Ricard, Mondelez, Norauto, Interparfums aux États-Unis, plusieurs marques du groupe Coach, Afflelou, Lenovo ou encore Peugeot sur plusieurs marchés européens.
Jean-Baptiste Pringuey. Nous avons également Fidelity, qui est aujourd'hui notre plus gros client. La finance est un secteur particulièrement concerné, car les investisseurs commencent à utiliser les LLM pour comparer des fonds ou rechercher des produits financiers.
Quel est votre modèle économique ?
Rachid Ait Addi. Nous fonctionnons sous forme de licence. Le tarif démarre à 1 300 euros par mois, par marque et par pays. Cette licence couvre 500 prompts répartis sur une dizaine de thématiques et monitorés sur six LLM différents.
Les variables principales sont donc le nombre de prompts suivis et le nombre de modèles analysés.
Les marques définissent elles-mêmes ces prompts ?
Rachid Ait Add. Non. C'est même l'un des enseignements que nous avons tirés du lancement de Meikai : la plupart des marques ne savent pas quels prompts suivre.
Nous avons donc développé notre propre méthodologie et notre propre “Prompt Studio” pour les accompagner dans cette démarche. Et nous nous appuyons, pour ce faire, sur plusieurs signaux : un panel de plus de deux millions d'individus, qui nous permet de voir comment les consommateurs “promptent”, l'analyse de l’écosystème de la marque (son site, ses produits), des plateformes comme Google Trends, Reddit, des outils comme le “People also ask” de Google….
À partir de ces signaux, nous construisons les thématiques et les 500 prompts les plus représentatifs des questions réellement posées par les consommateurs.
Le sujet des prompts est-il aujourd'hui le principal défi de la mesure GEO ?
Jean-Baptiste Pringuey. Oui, clairement. La plupart des discussions sur le GEO se concentrent sur les citations, les parts de voix ou les sources utilisées par les LLM. Mais la vraie question est : quels prompts faut-il monitorer ?
Contrairement au SEO traditionnel, les utilisateurs ne formulent jamais exactement les mêmes requêtes. Deux personnes peuvent chercher la même chose avec des formulations totalement différentes. Tout le défi consiste donc à construire un corpus de prompts représentatif des conversations réelles.
Le secteur de la mesure est déjà pas mal encombré. On peut citer les pure players comme Profound, Peec AI ou encore Minddex, avec lequel vous vous partagez le marché français. Sans compter tous les historiques du SEO, comme SEM Rush, pour ne citer que lui. Comment vous différenciez-vous de la concurrence ?
Rachid Ait Addi. Il y a plusieurs éléments. D'abord la transparence. Nous expliquons précisément ce qui est mesuré et comment les prompts sont construits.
Ensuite, nous avons fait le choix d'une approche très agentique. Là où certains acteurs proposent surtout des workflows et des recommandations, nous automatisons directement une partie des actions grâce à des agents.
Enfin, nous avons construit une plateforme end-to-end qui couvre : la visibilité des marques dans les assistants converationnels, la visibilité des produits, la lecture des sites par les LLM, les données panel et la publicité dans les environnements conversationnels.
Aujourd'hui, nous sommes notamment capables de monitorer les annonceurs présents dans ChatGPT Ads, Google AI Overviews et Google AI Mode.
Pourquoi intégrer la publicité dans une plateforme de mesure du GEO ?
Rachid Ait Addi. Parce qu'elle fait partie intégrante de la visibilité d'une marque.
La différence avec le search traditionnel est que la publicité n'est plus nécessairement en haut de page. Dans les interfaces conversationnelles, l'organique prend une place beaucoup plus importante. Une marque doit donc comprendre simultanément : sa visibilité organique, sa visibilité publicitaire, les contextes dans lesquels elle apparaît et ceux où elle devrait investir davantage.
Jean-Baptiste Pringuey. Elle doit aussi être en capacité de bien comprendre ses “context hints”. Ces derniers sont, selon nous, l'un des éléments clés du futur ciblage publicitaire conversationnel, plus que l’âge, le genre ou le comportement d’achat passé. Ils permettent de préciser à l'IA dans quels contextes ou types de conversations une annonce doit être diffusée.
Notre objectif est d'aider les marques à identifier les conversations où elles sont sous-représentées de manière organique afin d'y concentrer leurs investissements publicitaires.
Envisagez-vous d'aller jusqu'à l'activation média ?
Rachid Ait Addi. Nous ne nous interdisons rien mais nous nous voyons davantage comme une couche d'optimisation que comme un acteur d'exécution média.
Notre ambition est d'aider les agences et les annonceurs à mieux piloter leurs investissements plutôt que de devenir nous-mêmes une plateforme d'achat. C’est dans cette logique que nous venons de lancer notre feature d’ad planning qui permet de créer des campagnes pour ChatGPT en les segmentant par “context hints”.
Les classements des LLM sont-ils plus instables que ceux du SEO ?
Jean-Baptiste Pringuey. Sur les sujets historiques, les positions évoluent relativement lentement. En revanche, sur les sujets liés à l'actualité ou aux intentions d'achat immédiates, les évolutions sont beaucoup plus rapides. Les affiliations, les nouveaux contenus ou les publications récentes peuvent avoir un impact significatif.
Rachid Ait Addi. On observe aussi que les débats autour des sources dominantes sont souvent exagérés. Certains annoncent que Reddit est devenu incontournable, puis que c'est LinkedIn ou YouTube. La réalité est beaucoup plus nuancée : cela dépend du modèle, de la verticale et du type de requête.
Existe-t-il aujourd'hui un problème de standardisation de la mesure GEO ?
Rachid Ait Addi. Oui, mais c'est normal pour un marché aussi jeune. Certaines métriques comme la visibilité ou la part de voix sont relativement standardisées. En revanche, les méthodologies de construction des prompts restent très différentes.
Jean-Baptiste Pringuey. À terme, il faudra probablement définir des référentiels communs de prompts par industrie. Sans quoi cela n’aura pas de sens de comparer des benchmarks ou des outils. C'est sans doute le principal chantier de standardisation à venir.
Beaucoup d’agences médias ont lancé leur propre outil de mesure, en le justifiant notamment par ce manque de standardisation des outils existants. Ce marché vous est-il fermé ?
Rachid Ait Addi. C'est ce que nous pensions au départ, mais la réalité est plus nuancée. Beaucoup d'agences ont lancé des initiatives internes, mais elles constatent rapidement les limites de ces outils lorsqu'il faut gérer des millions de prompts et une infrastructure complexe.
Aujourd'hui, nous travaillons déjà avec plusieurs grands groupes d'agences dont Omnicom, avec lequel nous venons d’annoncer un partenariat. Beaucoup adoptent finalement une approche agnostique et sélectionnent les solutions externes les plus adaptées aux besoins de leurs clients.
Les offres GEO des groupes médias risquent-elles d'être dévalorisées par les LLM parce qu'elles sont sponsorisées ?
Rachid Ait Addi. Je ne le pense pas. Les LLM ont besoin des contenus produits par les éditeurs. Si les éditeurs perdent à la fois leur trafic et leurs revenus liés aux contenus sponsorisés, l'écosystème devient moins viable.
Nous observons d'ailleurs que les contenus sponsorisés continuent aujourd'hui d'être largement cités par les modèles. Par ailleurs, plusieurs marques commencent à réinvestir dans le brand content et les relations presse précisément parce que ces contenus influencent leur visibilité dans les LLM.
Quelles sont les prochaines étapes pour Meikai, côté produit?
Rachid Ait Addi. Nous avons trois grands axes de développement. Le premier concerne la mesure de la publicité dans les interfaces conversationnelles, que je viens d’évoquer. Nous voulons continuer à développer cette offre, pour accompagner les marques sur le sujet et leur partager, notamment, plus d’insights pour optimiser leurs campagnes.
Le second concerne l'e-commerce. Nous voulons aller beaucoup plus loin dans l'analyse et l'optimisation des fiches produits, à la fois sur les sites des marques et chez les distributeurs. Nous voyons que les interfaces conversationnelles intègrent de plus en plus cette dimension. Il y a donc un vrai marché.
Le dernier concerne les agents et les serveurs MCP. Notre conviction est que les utilisateurs passeront de plus en plus par des agents conversationnels plutôt que par des dashboards traditionnels pour accéder à leurs analyses.
Vous venez également de boucler un financement…
Rachid Ait Addi. Oui. Nous finalisons actuellement les aspects juridiques. L'opération représente environ 750 000 euros complétés par un prêt Bpifrance pour atteindre près d'un million d'euros de financement.
Parmi les investisseurs figurent beaucoup de figures de l’adtech, parmi lesquelles les anciens dirigeants de Teads, Bertrand Quesada et Jérémy Arditi, Yanis Yahioui, Jean-Baptiste Petit ainsi que les dirigeants d'Adikteev.