Scope3 devient Apostra. Dans son annonce du 23 septembre, l'entreprise présente une plateforme où agents acheteurs et vendeurs peuvent confronter un brief aux offres des médias. Elle revendique des campagnes actives dans six pays, dont la France, en display, CTV, audio et publicité extérieure.
Le principe : l'annonceur apporte ses objectifs, ses audiences, son budget et ses contraintes. Le média renseigne une vitrine commerciale avec ses offres, ses tarifs et les caractéristiques de son audience.
Les agents dialoguent via AdCP, le protocole ouvert auquel Scope3 a contribué, pour identifier les propositions pertinentes. L'acheteur fixe les seuils de validation ; le vendeur conserve la maîtrise de ses prix et de ses offres.
L'intérêt serait de faire entrer dans la sélection des dispositifs qui dépassent le catalogue de formats : sponsoring, combinaison de supports ou partenariat sur mesure. Autrement dit, automatiser une partie du travail commercial qui précède la transaction, et qui conditionne souvent ce qui finit dans le plan média.
Faire remonter des offres que l'acheteur n'aurait pas demandées
La proposition mérite qu'on s'y arrête. Réduire le temps nécessaire pour paramétrer une campagne constitue un gain de productivité. Réduire le coût de découverte et d'évaluation d'une offre peut, lui, modifier la répartition des budgets. Un média peu sollicité pourrait être considéré parce que son agent sait rapprocher ses atouts du brief, sans attendre que l'acheteur pense à le consulter.
Encore faut-il que cette comparaison porte réellement sur la pertinence des propositions. Faire dialoguer deux agents ne garantit ni la qualité des informations commerciales échangées ni la capacité à arbitrer entre un sponsoring et des impressions CTV. La valeur du dispositif dépendra aussi des critères utilisés pour recommander une offre plutôt qu'une autre.
Dans un entretien à CMO Insider, repris par CNCB News, les dirigeants évoquent une quarantaine de partenaires médias et des adaptateurs pour Google, Meta, Amazon, Reddit et ChatGPT Ads.
Brian O'Kelley cite une campagne américaine d'un million de dollars lancée en avril, puis étendue à d'autres marchés et canaux. L'annonceur n'est pas nommé. Ces déclarations donnent un ordre de grandeur de l'activité revendiquée, sans permettre de juger des résultats.
Facturer le travail des agents plutôt qu'un pourcentage du média
Apostra accompagne ce positionnement d'un choix économique : ne pas prélever de pourcentage sur les dépenses médias. Créer une vitrine et y référencer son propre agent de vente, ou celui d'un tiers, est gratuit. L'offre payante repose sur des “unités d'intelligence”, qui mesurent des tâches réalisées sur la plateforme.
Côté vendeur, la grille affiche notamment 4,50 euros par unité pour l'offre intégrant l'agent Apostra. Un cycle de réponse commerciale compte pour une unité ; un achat média éligible hors social, ayant généré des dépenses ou des impressions, pour une unité par période de facturation. Les fonctions optionnelles d'intelligence côté acheteur sont annoncées en bêta, avec une tarification à venir.
Le modèle dissocie donc la rémunération de la plateforme du montant investi. Un serpent de mer dont l’adtech n’a jamais vraiment réussi à s’affranchir ;-).
Il faudra toutefois connaître le nombre de tâches facturées sur une campagne pour comparer le coût complet à celui des circuits existants. Un taux de commission nul ne signifie pas une exécution gratuite.
Ce repositionnement intervient aussi sous contrainte. Dans le même entretien, Brian O'Kelley explique que le ralentissement des perspectives de croissance de l'activité de mesure carbone a conduit l'entreprise à concentrer ses efforts sur Apostra. Deux vagues de licenciements auraient ramené les effectifs de plus de cent à environ quarante personnes.
Reste une question : les agents feront-ils entrer de nouvelles offres dans les plans, ou accéléreront-ils surtout les achats auprès des partenaires déjà retenus ? C'est sur cette capacité à déplacer la demande, davantage que sur la fluidité de l'interface, qu'Apostra devra faire ses preuves.

